La récente révision à la baisse de la note souveraine du Sénégal par les agences Moody’s et S&P Global Ratings dépasse le cadre d’une simple dépréciation d’image sur les marchés internationaux. En franchissant des seuils critiques fixés dans des contrats financiers complexes de type Total Return Swaps (TRS), le pays s’expose désormais à des demandes de remboursement anticipé de plusieurs centaines de millions d’euros, susceptibles d’accentuer brutalement la pression sur les finances publiques.
Un risque de remboursement immédiat pour First Abu Dhabi Bank
Le cas le plus préoccupant concerne une convention financière conclue en juin 2025 avec l’établissement émirati First Abu Dhabi Bank (FAB). Cet accord d’une durée de trois ans avait permis à l’État du Sénégal d’obtenir 300 millions d’euros, en remettant en garantie des obligations souveraines en francs CFA d’une valeur équivalente à environ 400 millions d’euros. Cependant, le contrat intégrait une clause de sauvegarde liée à la qualité de la signature sénégalaise, imposant une note minimale de CCC+ chez S&P ou Caa1 chez Moody’s.
Or, la trajectoire financière s’est brusquement dégradée :
- Le 28 août, Moody’s a rétrogradé la note du Sénégal de Caa1 à Caa2, maintenant une perspective négative.
- Le 4 septembre, S&P Global Ratings a abaissé la note de la dette en devises de CCC+ à CC, tout en ramenant la note en monnaie locale à CCC.
En passant sous ces planchers contractuels, le Sénégal s’expose à l’activation d’une procédure dite de « Ratings Event ». Selon les révélations du quotidien britannique Financial Times, la banque FAB a désormais la possibilité de notifier formellement cet événement à Dakar. Cette démarche enclenche une période de négociation de 20 jours ouvrés pour tenter de restructurer le montage. Faute d’accord à l’issue de ce délai, l’institution bancaire est en droit de résilier le Swap et de réclamer le versement intégral des 300 millions d’euros dans un délai de 48 heures.
AFC et Société Générale : La menace d’un effet domino financier
Le portefeuille d’engagements de l’État présente un autre point de vulnérabilité avec l’Africa Finance Corporation (AFC). En 2025, le Sénégal a souscrit auprès de cette institution un autre Total Return Swap, comprenant une tranche initiale de 105 millions d’euros adossée à environ 150 millions d’euros d’obligations en monnaie locale.
Si ce contrat ne dépend pas directement des notations des agences, il intègre un mécanisme de cross-default lié à une opération similaire menée avec la Société Générale. Un éventuel incident de paiement ou défaut sur le contrat conclu avec la banque française donnerait ainsi le droit à l’AFC d’exiger à son tour le remboursement immédiat de sa créance, risquant de provoquer une réaction en chaîne redoutable pour la trésorerie nationale.
Tensions persistantes malgré le soutien du FMI
Cette succession de dégradations intervient dans un calendrier paradoxal. Le 1er septembre, Dakar parvenait pourtant à un accord au niveau des services avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour un nouveau programme d’appui financier de 2,2 milliards de dollars. S&P a néanmoins dérogé à son calendrier habituel pour sanctionner la dette sénégalaise, estimant qu’un défaut sur la dette commerciale en devises ou un échange de titres en difficulté est désormais extrêmement probable.
« Interrogés sur l’éventuelle transmission d’une notification officielle à Dakar, ni le ministère des Finances ni la banque FAB n’ont souhaité confirmer ou infirmer le lancement d’une telle procédure. »
Fidèle à sa réserve, le ministère sénégalais des Finances a indiqué qu’il ne formulait aucun commentaire sur les clauses confidentielles ou les communications stratégiques relatives à ses accords avec ses partenaires financiers.


















