Le Sénégal pourrait voir s’envoler une partie importante de ses recettes cette année. L’économiste Babacar Gaye brandit un chiffre qui fait froid dans le dos : « entre 560 et 600 milliards de francs CFA de moins-values fiscales ». En ligne de mire : l’écart de deux points qui sépare les ambitions du gouvernement (5% de croissance) des prévisions bien plus prudentes du FMI (3%).
« Le Fonds monétaire ne parle pas à la légère », rappelle le consultant. « Ses équipes, qui ont séjourné à Dakar en novembre 2025, ont ausculté une économie dont les fondamentaux hors hydrocarbures inquiètent. »
Le calcul est implacable, expose Babacar Gaye : « Chaque point de croissance en moins se traduit par 1,2 point de recettes fiscales en moins. Avec un écart de deux points entre les prévisions gouvernementales et celles du FMI, c’est 2,4% du PIB qui risque de manquer à l’appel. »
En monnaie sonnante et trébuchante ? « Entre 560 et 600 milliards de moins-values fiscales potentielles », précise l’économiste, qui met ce montant en perspective : « C’est l’équivalent de la moitié du Plan de redressement économique et social (PRES) sur lequel le gouvernement compte pour doper ses recettes. C’est davantage que le budget annuel de plusieurs ministères réunis. C’est, surtout, la différence entre un déficit maîtrisé à 5,37% et un dérapage au-delà de 7% du PIB. »
Pour éviter le naufrage, Babacar Gaye propose une bouée de sauvetage : préparer une Loi de finances rectificative « pour le second trimestre 2026, calibrée sur une hypothèse de croissance médiane de 3,5% ». Sa conclusion ? « Mieux vaut ajuster en cours de route que subir un dérapage incontrôlé. »

