Face à la crise financière sans précédent qui secoue le Sénégal, une alliance de 191 figures majeures de la société civile, de la politique et du monde universitaire est sortie du silence. Dans une tribune percutante, ces personnalités contestent fermement les orientations de l’accord préconisé par le Fonds monétaire international (FMI) et exigent une transparence totale sur les engagements financiers de l’État, refusant que le coût de la gestion passée ne retombe sur les citoyens.
Une mobilisation d’envergure contre le plan de restructuration
Le constat est sans appel : le Sénégal traverse une tourmente budgétaire critique. Toutefois, pour les 191 signataires de ce texte, la gravité de la situation ne saurait justifier l’acceptation aveugle des recettes de l’institution de Washington. Rassemblés autour d’un mot d’ordre clair, ils martèlent une position ferme : « La dette cachée ne doit pas devenir la dette du peuple. »
Parmi les figures engagées dans cette prise de position figurent notamment le député Guy Marius Sagna, l’économiste et ancien responsable du 3FPT Amadou Ba Babo, ainsi que l’ancien secrétaire général d’Amnesty International et ex-cadre de l’Unesco, Pierre Sané. Plusieurs éminents universitaires soutiennent également cette démarche, à l’image des professeurs El Hadji Samba Ndiaye, Boubacar Kanté et Daouda Ngom, aux côtés d’autres acteurs de la société civile nationale et de la diaspora.
Transparence et débat parlementaire préalable
L’inquiétude des signataires repose sur le récent accord au niveau des services conclu le 1er septembre entre le FMI et les autorités sénégalaises, portant sur un programme de 36 mois estimé à environ 2,2 milliards de dollars. Ce dispositif fait suite au programme de 2023 d’un montant de 1,8 milliard de dollars, suspendu après la découverte d’anomalies comptables et suspendu à une dérogation quant aux rapports statistiques antérieurs erronés. L’exécutif a par ailleurs initié le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) tout en prévoyant de faire appel au Cadre commun du G20.
Pour le collectif, ces décisions vont conditionner pour de nombreuses années la politique budgétaire, les investissements publics et le financement des services essentiels. C’est pourquoi ils réclament un gel des engagements définitifs tant qu’une concertation d’envergure n’aura pas eu lieu :
« Le Président doit expliquer en quoi l’accord avec le FMI demeure compatible avec les engagements pris devant les Sénégalais, tandis que l’Assemblée nationale doit pouvoir en débattre et se prononcer, compte tenu de ses conséquences sur plusieurs années. Au-delà du Parlement, un débat national et citoyen est nécessaire sur la dette, son traitement et les limites que le Sénégal entend fixer aux conditionnalités extérieures. »
Responsabilités et justice sociale avant le remboursement
S’appuyant sur les souverainetés économique, fiscale, énergétique et alimentaire prônées par le président Bassirou Diomaye Faye lors de son élection le 24 mars 2024, les signataires rappellent que ce mandat ne doit pas être dénaturé par des mesures d’ajustement orthodoxes. Ils mettent en avant les révélations de la Cour des comptes, selon lesquelles des engagements financiers colossaux ont été contractés hors des canaux budgétaires officiels.
Avant d’imposer la moindre cure d’austérité aux populations, la tribune exige un inventaire précis des créanciers, des conditions de prêt et de la destination réelle des fonds empruntés pour situer toutes les responsabilités.
« La continuité des obligations de l’État ne doit pas faire disparaître l’exigence de justice dans la répartition du coût de la crise : une dette dissimulée au peuple ne peut devenir une facture présentée au peuple. »



















