La décision de faire jouer la rencontre d’ouverture des éliminatoires de la CAN 2027 des Lions du Sénégal à Maputo, face au Mozambique, met en lumière une crise récurrente dans la gestion des infrastructures sportives du pays. Entre l’occupation du stade Abdoulaye Wade pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse et l’état jugé impraticable de la pelouse du stade Léopold Sédar Senghor, cette délocalisation inattendue relance un débat de fond : qui assure réellement la responsabilité et la maintenance des terrains de football au Sénégal ?
Un exil forcé aux causes embarrassantes
L’annonce est tombée ce mercredi soir : pour le premier match de leur campagne vers la CAN 2027, les hommes du Sénégal devront s’installer en Afrique australe. Le 25 septembre prochain, c’est à Maputo que les Lions affronteront la sélection mozambicaine. Deux raisons officielles expliquent ce choix inhabituel.
La première relève d’un problème d’agenda, le stade Abdoulaye Wade de Diamniadio étant réservé pour les festivités des Jeux olympiques de la jeunesse. La seconde est plus problématique sur le plan sportif : selon la Fédération sénégalaise de football (FSF), l’aire de jeu du stade Léopold Sédar Senghor ne présente pas actuellement des garanties suffisantes pour accueillir une confrontation internationale de l’équipe nationale A.
Stade Abdoulaye Wade : différend financier et maintenance en berne
La situation du stade Abdoulaye Wade illustre les failles d’une gouvernance éclatée. Si la gestion de la pelouse est attribuée à l’entreprise spécialisée Gregori International afin d’aligner l’enceinte sur les normes internationales, le gazon est apparu fortement détérioré lors du tournoi de l’UFOA début septembre.
Outre les rigueurs du climat et les épisodes de forte chaleur, le journal en ligne Seneweb révèle l’existence d’un blocage financier.
La FSF accumulerait une dette estimée à près de 100 millions de francs CFA envers la SOGIP, la structure gestionnaire du stade.
Ce litige financier gripperait le partenariat entre la société de gestion et l’instance fédérale, altérant la qualité du suivi technique du terrain.
Le cas du stade Léopold Sédar Senghor : 20 milliards de francs CFA et des contradictions
L’enceinte historique de Dakar présente un bilan tout aussi flou. Rénové à la suite d’un accord avec la Chine après trois ans d’inactivité et un budget évalué à 20 milliards de francs CFA, le stade avait été annoncé comme homologué par la Confédération africaine de football en juillet 2026, d’après les informations de l’Agence de presse sénégalaise.
Pourtant, au début du mois de septembre, une tribune diffusée sur Dsports.sn affirmait le contraire, contestant l’homologation CAF et FIFA pour l’équipe fanion et dénonçant une opacité administrative du ministère des Sports. Cette incertitude s’est doublée d’un retard d’accès pour les clubs engagés en compétitions africaines, notamment Diambars et Teungueth FC.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports est intervenu pour démentir toute fermeture, faisant état d’un plan d’entretien renforcé appliqué sur l’herbe principale depuis le 24 août avec un contrôle technique au quotidien. Si Diambars et Teungueth FC ont pu y tenir leurs matchs retour les 12 et 13 septembre, la FSF a néanmoins jugé cette même pelouse impropre pour l’équipe nationale A quelques jours plus tard, soulignant le manque d’alignement entre la tutelle ministérielle et la fédération d’usagers.
Un problème d’organisation systémique
Sur le plan statutaire, le ministère des Sports détient la responsabilité des grands stades et en nomme les directions. En pratique, les interventions de terrain sont partagées entre entités publiques, sous-traitants privés et fédérations occupantes.
Cette dispersion des compétences complique la désignation des responsabilités directes en cas de dégradation. Entre retards d’impayés, flou contractuel et contraintes météorologiques, le défaut de coordination continue d’impacter le niveau des infrastructures sportives nationales.



















