Dette publique : Le Pastef exige transparence et vérité avant l’accord FMI

La signature d’un nouvel accord technique avec le Fonds monétaire international (FMI) relance un débat brûlant au Sénégal : celui de la dette publique. Face à un programme de 36 mois d’une valeur d’environ 1 243 milliards de francs CFA, le parti au pouvoir, le Pastef-Les Patriotes, n’entend pas laisser passer cette étape sans exiger des clarifications majeures. Lors d’un point de presse tenu le jeudi 3 septembre, le parti a posé trois exigences non négociables, plaçant la question de la responsabilité et du coût social au cœur de la discussion.

Une restructuration assumée et des chiffres alarmants

Pour Ayib Daffé, député et président du groupe parlementaire du Pastef, il est impératif d’« appeler les choses par leur nom ». Selon lui, dès lors que les conditions de remboursement sont modifiées, le Sénégal entre de plain-pied dans une logique de restructuration de sa dette. Le parti s’appuie sur des données chiffrées pour illustrer l’ampleur du défi. En citant le bulletin statistique de juillet 2026, Ayib Daffé rappelle que l’endettement du secteur public s’élevait à 25 583 milliards de francs CFA à la fin de l’année 2024.

Cette somme se décompose notamment en une dette de l’administration centrale de 23 667 milliards de francs CFA, dont 16 894 milliards représentent la dette extérieure. À cela s’ajoute un besoin brut de financement de l’État supérieur à 6 075 milliards de francs CFA pour l’exercice 2026. Pour le responsable politique, ces montants colossaux ne suffisent pas à expliquer la situation ; ils doivent au contraire servir de point de départ à une enquête approfondie sur l’origine et la gestion de ces engagements.

La quête de la vérité et le rôle clé du Parlement

La première exigence formulée par le Pastef est celle de la vérité. Le parti insiste sur la nécessité d’établir la traçabilité des engagements financiers et de comprendre pourquoi certains d’entre eux n’auraient pas été correctement retracés dans les comptes publics, relançant ainsi le débat sur la fameuse dette « cachée ». Les Sénégalais ont, selon Ayib Daffé, le droit de savoir par quelles autorités, dans quelles conditions et suivant quelles procédures cette dette a été contractée.

« Les Sénégalais ont le droit de savoir comment cette dette a été contractée, par quelles autorités, dans quelles conditions et suivant quelles procédures. »

Dans cette optique, le Parlement est directement interpellé. Ayib Daffé appelle l’Assemblée nationale à mobiliser l’ensemble de ses prérogatives légales : interpellations du gouvernement, auditions, missions d’information et, si les conditions juridiques le permettent, la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Pour le Pastef, ce dossier dépasse le simple clivage politique ; il engage l’avenir financier du pays et des générations futures.

« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois »

La deuxième et troisième exigences tournent autour de la responsabilité et du coût social. Le gouvernement devra répondre précisément à plusieurs questions : quelles dettes seront restructurées, quels créanciers seront sollicités, quel allègement est réellement recherché et quelles contreparties seront exigées ? Surtout, quel sera l’impact de cette restructuration sur les banques, les entreprises, l’investissement, l’emploi et les ménages ?

C’est ici que le discours prend une dimension sociale forte. Ayib Daffé refuse catégoriquement que le redressement des finances publiques se fasse au détriment des populations. Il martèle que « les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois ». Pour le Pastef, une hausse de la pression fiscale, une baisse des subventions, une réduction des investissements publics ou une compression des dépenses sociales constitueraient des mécanismes inacceptables qui feraient supporter aux citoyens le coût des difficultés financières de l’État.

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