Sénégal : L’accord avec le FMI déclenche une tempête sur les marchés obligataires

La conclusion d’un accord technique avec le Fonds monétaire international (FMI) le 1er septembre dernier était censée apaiser les tensions sur la dette sénégalaise. En réalité, l’effet a été inverse : les marchés financiers ont réagi avec une nervosité inhabituelle, provoquant une chute brutale des obligations souveraines avant un rebond technique quelques jours plus tard. Ce phénomène paradoxal met en lumière l’incertitude qui plane désormais sur la stratégie de traitement de la dette extérieure du pays.

Une réaction de panique sur les eurobonds

Dès l’annonce de l’accord, les investisseurs ont opéré un mouvement de vente massif. Les obligations à échéance 2028 ont enregistré des cessions record, atteignant 13,1 millions de dollars en seulement deux semaines. Par ailleurs, les titres libellés en euros arrivant à échéance la même année ont perdu plus de 8 centimes, tandis que les obligations en dollars à long terme (2048) figuraient parmi les plus vendus du marché. Selon les analystes de Bloomberg, Ray Ndlovu et Mpho Hlakudi, cette fuite en avant s’explique par le fait que les porteurs de titres, anticipant de nouvelles pertes, ont préféré se désengager de leurs positions à court terme plutôt que de parier sur une sortie de crise rapide.

L’enjeu réel : la restructuration de 5 milliards de dollars

Le cœur de l’inquiétude ne réside pas tant dans le programme de réformes lui-même, qui porte sur environ 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois via le Mécanisme élargi de crédit (MEDC), que dans une annonce concomitante. Le gouvernement sénégalais a indiqué qu’il solliciterait un traitement de sa dette extérieure via une version renforcée du Cadre commun du G20. Comme le souligne le journaliste Matthew Hill, ce processus pourrait entraîner la restructuration de près de 5 milliards de dollars d’euro-obligations. Un scénario à haut risque qui, selon certains observateurs, pourrait faire du Sénégal la première nation africaine en défaut de paiement depuis l’Éthiopie en 2023.

« C’est précisément l’incertitude entourant les modalités de cette restructuration qui explique la nervosité des marchés. »

Anouar Ayache, analyste économique et financier

Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a confirmé cette approche en annonçant la convocation prochaine d’une réunion d’information conjointe organisée par le FMI, réunissant l’ensemble des créanciers (multilatéraux, bilatéraux officiels et privés). Les questions restent nombreuses : le Sénégal optera-t-il pour un simple allongement des maturités ou pour une réduction du principal ? Les créanciers privés seront-ils traités à égalité avec les officiels ?

Un rebond fragile sur fond de crise de confiance

Mercredi 3 septembre, les cours des obligations sénégalaises ont connu un léger rebond. Ce mouvement s’explique en partie par des rachats techniques : des investisseurs ayant paré à la baisse (short selling) ont dû racheter leurs positions, soutenant mécaniquement les prix. Toutefois, cette embellie reste fragile, les fondamentaux de la crise de confiance n’ayant pas changé.

Cette situation s’inscrit dans le prolongement des révélations de septembre 2024 concernant des engagements financiers non déclarés sous l’administration précédente. L’audit de la Cour des Comptes, validé par le FMI en mars 2025, avait établi que le déficit budgétaire réel de 2023 atteignait 12,3 % du PIB (contre 4,9 % déclarés) et qu’environ 25,3 % du PIB de dette avait été dissimulé entre 2019 et 2024. Ces découvertes avaient entraîné des dégradations de notation par Moody’s et une chute d’environ 35 % de la valeur des eurobonds, verrouillant l’accès du pays aux marchés internationaux.

Divisions politiques sur la portée de l’accord

Dans le camp du pouvoir, le président Bassirou Diomaye Faye a salué la conclusion de l’accord lors du Conseil des ministres, félicitant son équipe pour ce travail. À l’inverse, l’opposition tempère l’enthousiasme. Thierno Alassane Sall, leader de la République des valeurs, qualifie cet accord de « bouée de sauvetage » plutôt que de performance. Il estime que cette mesure permet avant tout d’éloigner la perspective d’un défaut de paiement immédiat et devrait, à terme, contribuer à une baisse des taux d’intérêt sur la dette.

Source originale : SeneNews
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