Restructuration au sommet de l’État : Quel avenir pour les cadres de Pastef démis de leurs fonctions ?

Depuis plus d’une année, l’appareil d’État sénégalais est le théâtre d’une vague continue de remaniements au sein des directions générales, des conseils d’administration et du gouvernement. Conséquence directe des réalignements politiques intervenus deux ans après l’accession au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, des dizaines de hauts responsables issus des rangs de Pastef se trouvent démis de leurs fonctions. Face à ce tournant, trois trajectoires principales se dessinent : la loyauté réaffirmée envers Ousmane Sonko, le ralliement à la dynamique présidentielle ou le retour aux activités professionnelles d’origine.

La carte de la fidélité absolue à Ousmane Sonko

Pour un groupe important de cadres limogés, la perte de leur mandat administratif s’est immédiatement traduite par un resserrement des rangs autour d’Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale et chef du parti. L’exemple le plus prégnant reste celui de Waly Diouf Bodian. Nommé à la tête du Port Autonome de Dakar en avril 2024, cet inspecteur des Impôts et Domaines a été démis de ses fonctions le 16 juillet 2026, après avoir publiquement soutenu les ambitions présidentielles de son mentor pour l’échéance de 2029.

Dans la foulée de son éviction, l’ancien directeur général a publié un message laconique sur les réseaux sociaux :

« Alkhamdoulillah, je rends grâce à Dieu »

Une formulation identique à celle employée par Ousmane Sonko lui-même lors de sa sortie de la Primature quelques semaines auparavant. Lors de sa cérémonie de passation de service, un mois plus tard, Waly Diouf Bodian déclarait avoir

« préservé sa dignité »

, réaffirmant son ancrage aux côtés du leader de Pastef.

Même posture du côté de Khadim Bamba Fall, ancien coordonnateur du Bureau d’Accueil, d’Orientation et de Suivi des Sénégalais de l’Extérieur (BAOS). Anticipant une mesure de limogeage lors du Conseil des ministres du 10 septembre 2026, il a préféré remettre sa démission, affirmant sur Facebook son refus de

« trahir ses convictions »

. D’autres responsables démis en juillet 2026, à l’instar de Mouhamadou Lamine Bara Lô, Babo Amadou Ba ou Alioune Kébé, ont également réagi en soulignant le sentiment d’une

« mission accomplie »

.

Le cas le plus évocateur de cette reconversion politique reste celui de Bassirou Kébé. Limogé dès février 2026 de la direction générale de la Société nationale des Habitations à loyer modéré (SN-HLM) par le président Faye sans motif officiel divulgué, ce loyaliste de la première heure a aussitôt été promu secrétaire général adjoint de Pastef par Ousmane Sonko. Une nomination qui avait inspiré à l’intéressé ce commentaire ironique :

« le groupe des ex-directeurs généraux vient de se renforcer »

. Ce sous-ensemble de cadres concentre désormais son action sur la préparation des élections locales de 2027 et de la présidentielle de 2029.

Le ralliement au président Diomaye Faye et la rupture

À l’inverse, une autre faction de responsables évincés ou démissionnaires a fait le choix de rompre avec la direction de Pastef pour s’aligner sur le chef de l’État. La rupture la plus médiatisée est celle du Dr El Hadji Mansour Diop, ancien directeur général de l’Hôpital Aristide Le Dantec. Par une lettre ouverte adressée à Ousmane Sonko le 22 juillet 2026, il a formalisé sa démission irrévocable du parti.

Le médecin y dénonçait vivement une

« gestion clanique »

de l’entourage du président de Pastef, déplorant des règlements de comptes internes et un manque de considération pour la base militante. D’autres figures de la Jeunesse patriote sénégalaise (JPS), parmi lesquelles Bakary Bass Sakho et Ousmane Sonko Jr, ont souscrit à cette démarche de rupture.

Ces prises de distance se sont concrétisées le 25 juillet 2026 au King Fahd Palace lors de l’assemblée générale constitutive d’un nouveau parti politique créé à l’initiative du président Bassirou Diomaye Faye. Cette nouvelle entité, distincte de Pastef, offre à ces cadres sortants une plateforme de repositionnement et de rebond sur la scène politique nationale.

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