Le grand oral du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô devant la représentation nationale a été marqué par une intervention particulièrement incisive. Prenant la parole à la suite de la Déclaration de politique générale (DPG), l’ancien président de l’Assemblée nationale et député, El Malick Ndiaye, a vivement dénoncé ce qu’il qualifie de paradoxe majeur au sommet de l’État, remettant en question la volonté réelle du gouvernement de concrétiser la rupture promise aux Sénégalais.
Un hommage paradoxal aux chantiers d’Ousmane Sonko
Au cours de son allocution, El Malick Ndiaye n’a pas manqué de souligner que le chef du gouvernement a lui-même reconnu la valeur des grands projets initiés par son prédécesseur, Ousmane Sonko. Il s’agit notamment du référentiel stratégique Sénégal 2050, du Plan de redressement économique et social (PRES), de la rationalisation de l’État, des audits institutionnels ainsi que de la renégociation des contrats stratégiques.
Tout en prenant acte de ce constat positif, le parlementaire s’est interrogé sur la logique ayant conduit au remplacement de l’équipe précédente :
« La question est de savoir pourquoi alors changer une équipe aussi performante et qui gagne ? »
El Malick Ndiaye a ainsi demandé au chef du gouvernement s’il avait véritablement l’intention de maintenir le cap fixé par PASTEF depuis son accession au pouvoir.
Le spectre d’une recomposition de l’ancien système
Élargissant son propos au-delà de la seule composition gouvernementale, le député a tenu à rappeler la portée du vote populaire lors de la présidentielle de 2024. Selon lui, les citoyens sénégalais ne se sont pas exprimés pour opérer un simple remplacement d’équipe, mais pour sanctionner un système et rompre définitivement avec celui-ci.
Il s’est ouvertement inquiété d’un retour progressif de l’ancien ordre au cœur de l’appareil d’État :
« Or, ce système que le peuple pensait avoir écarté définitivement se recompose progressivement au cœur même de votre régime. Plus préoccupant encore, ce que nous dénoncions hier comme les fossoyeurs de la République, et dont nous combattions les pratiques, retrouvent aujourd’hui les allées du pouvoir par la grande porte. »
Avertissement sur la rupture du « contrat moral »
Poussant son analyse plus loin, l’ancien président de la chambre basse a confronté le chef du gouvernement par une interrogation directe et sans détour :
« Alors, Monsieur le Premier ministre, où est la rupture ? »
Pour El Malick Ndiaye, il est inacceptable de combattre un système dans l’opposition pour ensuite réhabiliter ses figures et ses méthodes une fois aux affaires. Un tel comportement constituerait, selon lui, une violation flagrante du contrat moral passé avec le peuple sénégalais et l’électorat ayant fait confiance au projet de Pastef. Cette intervention apporte un relief particulier aux débats politiques entourant la trajectoire de l’exécutif actuel.



















