À l’occasion de la célébration des 90 ans du deuxième président de la République du Sénégal, Abdou Diouf, le bilan de son action institutionnelle offre une grille de lecture essentielle sur la construction de l’État de droit. Entre ouverture démocratique, éthique du pouvoir et sobriété républicaine, le parcours de l’ancien chef d’État continue d’alimenter les réflexions sur la gouvernance au Sénégal.
Un modèle d’État guidé par la sérénité et l’équanimité
Bien que son magistère ait été traversé par des périodes de fortes tensions scolaires et sociales — à l’image des grèves de 1988 au Lycée Lamine Guèye — et que la publication de ses mémoires en 2014 ait suscité divers débats, la posture républicaine d’Abdou Diouf reste indéniable. L’analyste politique et universitaire Souleymane Bachir Diagne avait qualifié dans son ouvrage « Le fagot de ma mémoire » cette aptitude du président à conserver sa maîtrise et son impassibilité en toutes circonstances d’équanimité. Cette qualité morale constitue le socle d’un leadership d’État souvent discret, éloigné des tentations égocentriques de la vie politique contemporaine.
Les grandes étapes de l’ancrage démocratique
L’héritage politique du président Diouf repose sur plusieurs décisions majeures qui ont façonné le paysage institutionnel sénégalais. Dès son accession à la magistrature suprême en 1981, il a instauré le multipartisme intégral, résumé par son allocution mémorable :
« Jàkk jaa ngi nii, ku mu neex nga ndodd » (La mosquée est accessible, quiconque le désire peut venir faire l’appel à la prière).
Deux décennies plus tard, lors de la révision du code électoral en 1992, il avait garanti la neutralité du pouvoir exécutif pour permettre des élections transparentes, déclarant fermement :
« Je transmettrai le texte tel quel à l’Assemblée nationale sans y changer une seule virgule. »
Cette volonté de modernisation institutionnelle s’est également manifestée par la libéralisation du secteur audiovisuel, qui a permis l’émergence des premières radios privées et indépendantes du pays.
Sobriété patrimoniale et sanctuarisation de la famille républicaine
Sur le plan de l’éthique et de la gestion des deniers publics, le départ du président Diouf en l’an 2000 a été marqué par l’absence d’accumulation de biens personnels au sommet de l’État. De surcroît, sa gouvernance s’est distinguée par une séparation stricte entre la gestion des affaires publiques et sa sphère privée. Les membres de sa famille proche ont constamment évolué en retrait des affaires de l’État, maintenant une sobriété quotidienne dans l’espace public.
Le refus des dérives de l’égo dans la gestion des affaires publiques
L’exercice de l’autorité sous la présidence d’Abdou Diouf s’accompagnait d’une exigence de retenue imposée à ses collaborateurs. Témoignant d’un arbitrage ministériel, l’ancien chef d’État avait rappelé à l’un de ses jeunes ministres tentés d’user de sanctions disciplinaires excessives que les institutions n’appartenaient ni aux gouvernants ni au président de la République. Pour Abdou Diouf, le dépassement de l’égo individuel demeurait la condition sine qua non du service de l’État.









